Quand j'étais petite, j'étais maladivement timide. Il suffisait qu'un adulte m'adresse la parole pour que je devienne rouge écarlate jusqu'aux oreilles. Humilée par cette situation qui mettait
mal à l'aise aussi bien mon interlocuteur que moi, je renonçais alors à toute communication spontannée avec les adultes. Pourtant j'avais une curiosité folle des autres, je rêvais
d'écouter leurs histoires, je rêvais de pénétrer dans un tout petit coin de leur intimité.
J'ai commencé à dessiner, car j'étais persuadée qu'en dessinant les gens, les choses, les animaux je serai capable d'en comprendre la globalité, le sens, d'écouter leurs pensées, d'entrer en
contact sans passer par la prise de parole qui faisait battre la chamade à mon tout petit coeur.
À la fois poète, romancier, nouvelliste, auteur de théâtre, essayiste, et artiste plasticien (il réalise des collages). Son premier contact avec l'Oulipo fut, en 1978, un stage d'écriture dirigé par Paul Fournel, Georges Perec et Jacques Roubaud.
Navet, linge, oeil-de-vieux
" Depuis le 1er avril 1992, je commence et j’achève, chaque jour, un poème.
Navet, linge, oeil-de-vieux représente les quatre premières années de cette activité, du 1er avril 1992 au 31 mars 1996.
Sous mes yeux, pendant ces quatre ans, j’avais posé, sur un linge jaune et carré, premièrement un navet frais qui mettait environ un mois à sécher (sans jamais pourrir) - une fois sec, je le
remplaçais par un tout neuf -
deuxièmement un oeil-de-vieux. Un oeil-de-vieux est une petite lentille carroyée de peintre paysagiste, qui rapetisse ce qu’elle vise.
C’était là mon sujet, ma nature morte, dans quoi les poèmes creusent, autour de quoi les poèmes tournent en s’en éloignant parfois de façon centrifuge.
Navet, linge, oeil-de-vieux est dédié aux peintres.
Dans le livre,
il y a des poèmes-croquis sur ce motif,
il y a des poèmes adressés,
il y a des poèmes de circonstance,
il y a des poèmes à forme fixe et d’autres non
il y a un long poème en alexandrins et terza rima de rimes berrichonnes, qui se déroule à intervalles irréguliers,
il y a l’amorce des poèmes de métro (poèmes composés dans le métro pendant le temps d’un parcours),
il y a des poèmes de nombril,
il y a des poèmes d’amour...
c’est-à-dire, au bout du compte, une assez grande quantité de poèmes. "
Collège, 15 heures, ce premier vendredi ensoleillé.
Proposition artistique.
Posséder une boite (artistique de secours) dans laquelle chacun trouvera le matériel pour créer en quelques munitutes et cela pendant 30 jours, un monotype par jour.
- Dans la boite
- la nature morte (3 éléments)
- un pinceau
- un tube de peinture noire (huile, noir de Mars)
- de l'huile
- une plaque de verre (10X10) ou de rodhoïd
- 30 feuille "Vergé ivoire" format 15x15
Dans ma ville on réalise des projets. Celui que je vous présente est ambitieux, périlleux, extravagant...Comment résister.
Deux classes de 4ème du collège St Exupéry s'affrontent pendant 30 jours dans un duel culturel.
Une classe va produire un poème par jour, sur une nature morte (3 objets ) et une classe va produire un "dessin par jour . C'est le poète Oulipien Jacques Jouet qui donne la note de départ. Il a
écrit durant 4 ans un poème par jour sur un navet, un torchon et un oeil de vieux.
Mon travail est d'organisé une réponse plastique cohérente à sa démarche très... Oulipienne.
Je propose au groupe 4ème (26 élèves) de participer à cejeu, c'est vendredi après-midi première journée de beau temps à Bourges, et ils n'avaient normalement pas cours ces heures là. Pour donner
l'état d'esprit dans lequel j'ai trouvé la classe il faut visualiser un groupe de All Black auquel on propose une leçon de points de croix...
Ils me brossent quelques regards aigres, j'entends des reflexions narquoises, mais je me lance. Je vends ma sauce "plastique".
Je leur propose de créer un boite d'artiste (pinceau, tube de peinture à l'huile, huile, rodhoïd 10X10, feuilles Vergés ivoire jolie trame...on ne se moque pas d'eux).
Je décris la technique du monotype, trace rapide à l'huile sur un support plastique, puis impression sur une feuille (15X15)
Et ils font... Biensûr, il ricanent, s'exclaffent, s'énervent.s'affolent. Mais ils font...
-"Madame ! ça va ça ? !!!"
Trouver pour chacun le mot qui rassure, faire sortir d'eux le meilleur, aider, remarquer, s'attarder...
Belle dynamique d'ensemble. Ils me surprennent, certains sont même étonnement pertinants et leurs propositions très fortes. J'avais prévu 10 exercices (essais), nous n'en avons fait que 7. Mais
les séries sont fortes et surprenantes. J'ai vu chez eux l'envie, le plaisir... Durant 30 jours, je vais suivre leurs parcours d'artistes nomades.
Un site internet va être créer pour mettre en valeur leurs productions qu'ils devront déposer quotidiennement dans une urne à l'accueil du collège.
J'attends avec impatience la prochaine rencontre.
J'ai vendu quelques dessins récemment. Très peu sûre de mon auto-évaluation, j'ai demandé à l'acheteuse de m'offrir des cours de dessins, j'en rêvais depuis longtemps. Pas rassurant pour
l'acheteur d'offrir au peintre des cours de dessins m'a fait remarqué un copain.
Mais quel plaisir. Rencontrer Chen, écouter son enseignement, regarder de ses doigts se créer des montagnes, des cieux et des bois. Une magie ! Une torture aussi, pour moi.
Me heurtant à mes propres incapacités j'ai pourtant été influencée par ses conseils.
!